Les huiles essentielles; la quintessence du règne végétal

Le terme « quintessence » réfère au plus pur, à l’essentiel d’une chose. Ainsi les huiles essentielles, qui par définition sont « l’extrait liquide concentré des composés aromatiques d’une plante », représentent la quintessence du règne végétal. Puissantes et versatiles, ces précieuses huiles renferment d’infinies possibilités de soins. Voici un survol informatif des différentes sphères de cet univers aussi passionnant que complexe.

Caractéristiques générales

Une huile essentielle est un liquide ultra-pénétrant, volatile et lipophile. Cette dernière caractéristique lui donne l’étonnante capacité de traverser les différentes structures de la peau, puis de rejoindre la circulation sanguine. Une propriété tout à fait incroyable lorsqu’un des plus grands défis de la cosmétique demeure le passage au-deçà de la barrière épidermique. Son odeur aromatique puissante donne le ton à son efficacité. Il convient alors de la diluer avant l’emploi et de l’utiliser avec grande précaution. Soluble dans l’alcool et dans l’huile, elle est hydrophobe et nécessite un dispersant spécialisé pour se diluer en solution aqueuse. Elle craint la chaleur qui lui fait perdre ses propriétés ou dégager des molécules potentiellement toxiques ou irritantes des voies respiratoires. Conservée de manière optimale, elle maintient ses vertus durant plusieurs années. Elle se plaît à être entreposée à l’abri de l’air et de la lumière; raison d’être de ses fameux flacons de verre ambré.

Familles biochimiques

Les huiles essentielles et les molécules qui les composent sont catégorisées sous une quinzaine de grandes familles biochimiques, ou chémotypes. Cela se résume en une sorte de « race chimique » qui détermine, pour une même espèce de plantes et leurs huiles essentielles, leurs propres propriétés, indications thérapeutiques, contre-indications, etc. Par exemple, les huiles essentielles de citron et d’orange douce appartiennent à la famille des monoterpènes. Elles sont purifiantes et stimulantes du système nerveux central. Elles peuvent, entre autres, être employées en brumisation pour assainir l’air et en inhalation lors d’épisodes de grande fatigue. Elles sont à éviter avant une exposition au soleil puisqu’elles sont photosensibilisantes. Outre les monoterpènes, on retrouve comme familles biochimiques les aldéhydes, les coumarines, les esters, les lactones, les oxydes, les phénols; pour ne nommer que quelques-unes d’entre elles.

Provenance

Si une huile essentielle doit ses propriétés à sa plante d’origine, la plante, elle, doit inévitablement sa qualité à son environnement. La richesse des sols, l’ensoleillement et la chaleur, l’altitude ainsi que les pluies influencent grandement la condition des végétaux. C’est pourquoi les meilleures huiles essentielles proviennent de partout dans le monde : la Provence est reconnue pour la qualité de sa lavande, la Bulgarie pour la qualité de sa rose, etc. Bref, pour qu’un distributeur puisse offrir toutes les variétés d’huiles essentielles, il doit savoir s’approvisionner sur toute la planète!

Production

Les huiles essentielles sont obtenues principalement par distillation, et dans certains cas par extraction. Elles peuvent provenir de toutes les structures d’une plante : feuille, fleur, aiguille, graine, écorce, racine, etc., tant qu’elles contiennent des composés aromatiques. En effet, ce ne sont pas tous les végétaux qui ont la capacité de produire suffisamment d’extraits liquides, ou qui ont des propriétés thérapeutiques assez intéressantes, pour justifier leurs coûts d’exploitation. Toujours est-il que leur fabrication nécessite une impressionnante quantité de plantes pour la production d’une toute petite part d’huile essentielle! Voici quelques exemples du poids en diverses fleurs nécessaire à la production d’un kilo de leur huile essentielle : 175 kilos de lavande, 500 kilos de camomille, 1 tonne de fleurs d’oranger …. Et 4 tonnes de pétales de rose! Cette concentration, gage de puissance, justifie le prix élevé et variable des huiles essentielles, en fonction de la rareté de la plante et de son besoin en quantité.

Bien choisir

Une vaste sélection d’huiles essentielles est disponible sur le marché et arrêter son choix sur un distributeur peut devenir un vrai casse-tête. Voici quelques informations devant figurer sur une étiquette pour attester du sérieux de son fournisseur et de la qualité du produit :

-       Nom latin ou INCI 

-       Partie de la plante utilisée

-       Chémotype

-       Pays d’origine de la plante

-       Mises en garde

La mention « 100% pure » ou « 100% naturelle » atteste que le produit n’a, ni été dilué à l’huile végétale, ni modifié à l’aide d’un autre composant.

Pour un usage thérapeutique, il est recommandé de privilégier une huile essentielle issue de plantes de culture biologique ou sauvage, homologuée par Santé Canada via un numéro de produit de santé naturel (NPN) et identifiée d’un numéro de lot à des fins de traçage.

Utilisations

Mais comment les utiliser adéquatement? L’aromathérapie est une science complexe qui utilise les huiles essentielles en traitement, prévention ou maintien de la santé. C’est à ne pas confondre avec la phytothérapie, qui désigne plutôt le traitement de diverses affections par les extraits de plantes. Voici un survol non exhaustif, des différentes voies d’administration des huiles essentielles. Nous vous recommandons de toujours consulter un aromathérapeute certifié avant d’avoir recours aux usages annotés d’un astérisque.   

Actifs cosmétiques : D’une performance exemplaire, elles agissent directement sur les structures vitales de la peau, dans le derme. Apaisantes, purifiantes, cicatrisantes ou stimulantes, leurs vertus sont infinies! Voici les concentrations d’huiles essentielles que l’on retrouve dans les préparations cosmétiques les plus courantes. Puisqu’elles sont très actives, elles s’y retrouvent en toutes petites quantités :

-       Visage : 0.1% à 1%

-       Corps : 0.5% à 2%

-       Cheveux : 0.1% à 2%

-       Parfums : 15% à 40%

•  Application cutanée ou massage : Voie d’administration considérée comme la plus sécuritaire, sans compromis d’efficacité. Il convient de toujours diluer les huiles essentielles dans un corps gras, tel un beurre ou une huile végétale, avant de les appliquer à des concentrations de :

-          2% à 5% pour masser une grande superficie du corps, pour favoriser la détente musculaire après un effort, par exemple.

-          10% à 50% pour des frictions très localisées, au-dessus des poumons pour stimuler les glandes des muqueuses respiratoires, par exemple.

•  Diffusion ou inhalation* : Méthode qui permet aux molécules aromatiques une action directe sur le cerveau via les millions de cellules nerveuses de la muqueuse nasale. Les diffuseurs à micronisation sont à favoriser et les diffuseurs à chaleur sont à éviter complètement. L’inhalation directe ou humide est un allié incontournable des troubles respiratoires.

•  Voie orale* : Utilisation intéressante pour le traitement de certains troubles digestifs et autres affections spécifiques. Il est essentiel de les diluer au préalable sur un support tel que du miel, une huile végétale, une pastille neutre ou encore un cube de sucre.

•  Bains aromatiques* : Façon simple et efficace de combiner la voie cutanée à l’inhalation. Une utilisation de 10 à 15 gouttes est suffisante pour une baignoire traditionnelle. Puisqu’elles sont hydrophobes, il est important de les mélanger à un dispersant, un savon neutre ou des sels de bains afin d’éviter qu’elles ne flottent en surface d’eau.

•  En cuisine : Une à deux gouttes suffisent pour parfumer un plat de façon raffinée, ou pour remplacer certains aromates hors saison. Il faut encore une fois s’assurer de les dissoudre dans une huile ou autre corps gras et surtout, de ne pas les chauffer.

•  Pour le ménage : Ajoutez quelques gouttes à votre lessive ou à vos produits ménagers naturels pour booster leurs propriétés antibactériennes. Vous pouvez également les vaporiser sur les tissus pour éliminer les acariens ou les brumiser pour rafraîchir les placards et assainir l’air ambiant.

Précautions et contre-indications

Comme bien des choses, les huiles essentielles présentent les défauts de leurs qualités. Superpuissantes, elles peuvent causer de sérieux désagréments si elles sont mal utilisées, ou si la personne qui les emploie est simplement mal informée sur les propriétés de son extrait liquide. En effet, certaines peuvent être dermocaustiques, photosensibilisantes, irritantes, allergisantes et même avoir un potentiel œstrogen-like. Rassurez-vous, lorsqu’utilisées à des dosages cosmétiques, elles présentent très peu de risques d’atteinte à la santé. Il peut en être tout autrement à des dosages thérapeutiques ou lorsqu’on tente de les associer à la prise de médication. Il est donc capital de consulter un aromathérapeute professionnel avant d’espérer y trouver remède.

Terminons en mentionnant que les huiles essentielles sont à proscrire durant la grossesse et l’allaitement, chez les enfants de moins de 7 ans, chez les personnes épileptiques ou asthmatiques et qu’elles sont potentiellement nocives pour les animaux, tout particulièrement les chats. Puisqu’il vaut toujours mieux prévenir que guérir, un test d’allergie est recommandé avant chaque nouvel usage.

Par Dannica Abate

Fondatrice et formulatrice de DAÏA

Esthéticienne, herboriste et formatrice

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